Adam et Eve s'apprêtent à croquer le fruit défendu

Adam et Eve s’apprêtent à croquer le fruit défendu encouragés par le serpent.

Charles accourt

Charles Darwin: waouh, attention, danger, j’ai trouvé ce qui est caché dans la pomme!

Image créée par intelligence artificielle

Comment réinitialiser le passé pour préserver notre avenir ?

Un concept central découvert par Charles Darwin, la sélection sexuelle, demeure inexploré ou incompris concernant les humains, à l’exception de quelques spécialistes. Le rejet de cette partie de sa théorie par ses contemporains met, aujourd’hui, en cause la pérennité de notre espèce.  En éclairant un épisode de notre passé par ce concept, nous comprenons pourquoi et comment nous avons perdu notre intelligence des limites du fait de l’apparition de notre hypertélie. (Cet autre concept est expliqué sur une page spécifique). Depuis, cette sélection sexuelle a bien été reconnue par les biologistes de l’évolution. Le problème est que cette connaissance n’a infusée pour notre espèce, ni auprès du public, ni auprès des chercheurs des autres disciplines. Par conséquent, l’impact et les effets de cette sélection sexuelle n’ont pas été introduits dans notre histoire. De ce fait, une partie essentielle de notre comportement demeure  inconscient, donc incompris et, pour cette raison, collectivement irrationnel, voire autodestructeur. Nous savons, en effet,  que nous devons agir contre la montée des températures et des intolérances mais, collectivement, nous n’y parvenons pas.

Comprendre notre comportement pour nous préserver.

Un mécanisme de l’évolution se retourne en son contraire

Un mécanisme de l’évolution, contribuant généralement à la robustesse, à la stabilité et à la perpétuation des espèces dans le temps long s’est retourné, pour la nôtre, en son contraire. Ce mécanisme accepte d’habitude des contre-performances chez les individus de cette espèce, notamment chez les individus mâles, en contrepartie du renforcement global de l’espèce concernée. Pour la notre, du fait paradoxalement, de la puissance de notre cerveau, cette contre-performance s’est propagée, comme une maladie auto-immune, à toute l’espèce. L’hypertélie et donc, les comportements disproportionnés des autres espèces sont limités par les contraintes de leurs environnements. Homo sapiens, du fait de ses capacités cognitives exceptionnelles, modifie et contraint son biotope jusqu’à le rendre impropre à sa propre survie. Un processus mental datant de quelques millénaires a déclenché ce mécanisme d’hypertélie . Il conditionne aujourd’hui nos comportements autodestructeurs .

Certains psychologues reviennent sur un épisode incompris  de l’histoire d’une personne afin de l’envisager avec de nouvelles ressources. Cela permet un fonctionnement plus rationnel. Explorons donc cet épisode pour notre espèce ainsi que le processus qu’il a déclenché. Mon hypothèse repose sur les travaux de nombreux scientifiques, particulièrement des biologistes. J’espère , si cette hypothèse s’avère valide, qu’ils viendront, avec d’autres chercheurs en sciences humaines, renforcer les arguments des scientifiques du climat pour bifurquer vers un changement salutaire dans l’organisation de notre société.

Pour cette exploration, il nous faut évoquer la sexualité. Cela suscite en général de la gêne, parfois de la honte voire de la culpabilité. Nous reviendrons plus loin sur ce thème pour en éclairer la raison. Ce thème devrait pourtant nous paraître naturel car il concerne le mécanisme de reproduction de 95% des espèces végétales et animales. Malgré son manque patent d’efficience, il assure en effet beaucoup mieux la pérennité des espèces qu’un simple clonage. Le fait de produire de la biodiversité au sein de ces espèces permet, effectivement, en cas de modification de l’environnement, d’offrir une diversité de possibilités d’adaptation au nouveau milieu.

Une différence de degré et non de nature 

Un préalable, avant d’aborder le processus d’apparition de notre hypertélie . Darwin nous a replacé dans la série animale: « une différence de degré et non de nature« . La différence de degré fait référence au fait que nous fonctionnons tous sur les mêmes modes mais les exprimons en fonction de nos besoins, développements cognitifs et interactions avec nos écosystèmes. La théorie évolutionniste de Charles Darwin a mis en évidence cette continuité au sein du vivant, la phylogénétique, la biologie, l’éthologie le prouvent. Historiquement, mais aujourd’hui encore, nous nous plaçons au dessus du reste du vivant en tentant de préserver  certaines frontières bien étanches entre nous et le reste du règne animal. Singe anthropoïde, même équipé de notre gros cerveau, nous sommes traversés comme les autres espèces par des instincts puissants, notamment lié à la préservation de l’espèce et donc à la sexualité. Le fait de l’accepter et de l’assumer pleinement, surtout lorsqu’il nous faut lier comportement et sexualité était, du temps de Darwin et est, toujours aujourd’hui, un chemin psychologiquement difficile a emprunter.

De la coopération à la compétition

Darwin avait identifié, dans son ouvrage destiné à l’évolution humaine « La filiation de l’homme et la sélection liée au sexe » plusieurs processus liés à cette sexualité, notamment la sélection sexuelle et son corollaire, la compétition sexuelle. Nos lointains ancêtres, pas encore gaulois, ne pouvaient  cependant pas se payer le luxe d’une compétition sexuelle caractérisée par un comportement risqué et conflictuel. Ils n’étaient, en effet dotés que de faibles capacités physiques individuelles de défense alors qu’ils évoluaient, depuis qu’ils avaient quitté le milieu arboricole, en milieu dangereux. Ils utilisaient donc un mécanisme instinctuel discret et inconscient de sélection sexuelle que nous détaillerons plus tard. Ce besoin de solidarité et cette faiblesse native leur permettaient de vivre en grande harmonie entre eux, mais aussi avec les autres espèces et avec la nature. Cette coopération obligée du fait de leur fragilité, a contribué à multiplier les interactions sociales augmentant ainsi la capacité de leurs cerveaux. Cette cohésion constituait leur mode de vie jusqu’à l’événement déclencheur lié à l’évolution de notre cerveau. Cet événement nous a fait passer de relations profondément solidaires et coopératives  à des rapports de force liés à l’émergence de cette compétition.

Une parade nuptiale permanente et inconsciente

C’est ici qu’il nous faut arrimer solidement nos égos, car, comme de nombreuses autres espèces à reproduction sexuée à fécondation interne nous sommes confrontés à la sélection sexuelle et pratiquons donc logiquement une parade nuptiale. Mais, du fait de nos attractivités sexuelles permanentes, (elle ne se cantonne en effet, ni à une période de rut, ni à une période d’œstrus, car cette dernière est invisible pour notre espèce), cette parade nuptiale est donc permanente et inconsciente. Du fait également de la puissance de notre cerveau, ses manifestations sont tellement diversifiées que nous arrivons difficilement à les discriminer des autres actes de nos vies.

Habituellement, la vie de certains mâles d’ espèces sexuées à forte compétition sexuelle peut être mise en danger du fait d’organes et de comportements démesurés (hypertéliques) durant cette parade nuptiale. Nous verrons comment, à cause de nos exceptionnelles capacités cognitives, c’est toute l’espèce homo-sapiens qui est exposée à ce risque.

Un déni catastrophique

Le rejet de la théorie darwinienne de la sélection sexuelle par ses contemporains est une catastrophe. Nous sommes, de ce fait, restés depuis dans le déni de cette sélection sexuelle pour notre espèce. Dans le déni, aussi de notre nature animale et de l’instinct puissant de procréation qui nous traverse tous. Dans le déni, encore de la compétition sexuelle qui conditionne nos comportements. Dans le déni, enfin, de la parade nuptiale permanente et, surtout, restée inconsciente qui nous contraint et nous empêche de respecter les limites nécessaires à notre survie d’espèce en déployant notre hypertélie sans limitation. Sans cette prise de conscience permettant une modification de notre comportement collectif, nous nous dirigeons presque inexorablement vers un chaos climatique et / ou un déferlement de violence. Pour reprendre une idée spinoziste, pour sortir d’un déterminisme, il faut en comprendre le mécanisme pour retrouver une puissance d’agir.

Explication du processus d’apparition de notre hypertélie

Durant des milliers d’années, les individus de la lignée Homo s’accouplaient pour le plaisir et consolidait ainsi la solidarité des communautés nécessaire à l’élevage de rejetons très lents à s’autonomiser.

1-Cette sexualité récréative, sans enjeux apparents,pris fin lors de la découverte, inéluctable, du lien de paternité.  Il s’agit, bien sûr, de la relation entre copulation et procréation.

2-Cette découverte a conduit les « femelles humaines » à se rendre compte que certains traits des pères , notamment physiques mais aussi, peut-être psycho-cognitifs, se retrouvaient chez leurs enfants. Elles ont alors effectué, comme les autres espèces animales, une sélection sexuelle des « reproducteurs ». Cette sélection parait d’autant plus nécessaire que les bébés humains naissent particulièrement immatures. De ce fait, l’intensité et la durée de leur élevage nécessitent un investissement parental exigeant. De ce fait également, par rapport à de nombreuses autres espèces, les femmes ont peu d’enfants durant leurs vies procréatives ce qui les poussent à une sélection plus sévère.

3-Cette sélection a déclenché, en retour, une compétition intra et intersexuelle permanente entre les hommes. Apparait ainsi, un désir de puissance, de valorisation et de domination qui se traduit également par une tentative de disqualification et d’infériorisation des concurrents potentiels.

4-Ils se sont mis, eux aussi et logiquement, à sélectionner les « reproductrices » lorsqu’ils ont pris conscience qu’ils étaient pères et qu’il s’agissait donc de leur descendance.

5-Cela a entrainé une compétition intra et intersexuelle entre les femmes: moins visible, mais tout aussi présente.

6-  Cette sélection sexuelle multiforme a engagé une compétition sexuelle permanente et inconsciente: une parade nuptiale permanente . Cette mise en concurrence a entraîné une détérioration des liens entre humains du fait de la transformation d’une empathie généralisée en une empathie sélective. Cet enchainement logique d’événements semble avoir provoqué la révolution néolithique par le passage d’une société matrilinéaire à une société patriarcale. La modification et la stabilisation du climat, contemporain à cet événement, à sans doute, également contribué à potentialiser ce bouleversement des comportements.

Homo-sapiens a perdu sa sagesse: apparition d’ « Homo-hypertélis ».

7-Alimenté par la compétition sexuelle, la rivalité mimétique, animée par les désirs de séduction et de domination a transformé homo-sapiens : Il a perdu sa sagesse. En comprenant ce mécanisme, nous pourrons, je l’espère, mettre en œuvre les actions nécessaires au rééquilibrage de nos sociétés.

 

Sélection sexuelle chez ‘Homo-hypertélis’

Avec la connaissance du lien de paternité, les femmes ont donc agi comme les femelles des autres espèces. Elles ont sélectionné les mâles paraissant les mieux à mêmes d’assurer leur descendance. Elles ont donné la préférence à ceux qui paraissaient avoir le plus de qualités de robustesse pour s’adapter à leur environnement afin que leur progéniture en fasse de même.  Rappelons nous aussi que la découverte du lien de paternité a entraîné un sentiment d’insécurité du fait de l’apparition d’une nouvelle agressivité entre humains. Aussi logiquement, les mâles humains ont réagi, comme les mâles des autres espèces animales, en rentrant en compétition intra et intersexuelle, respectivement:

En impressionnant les potentiels adversaires!

deux cerfs se battent, ils sont coincés par leurs bois

Compétition intra-sexuelle: coincés!

 

En séduisant les potentielles partenaires!

compétition inter-sexuelle: séduction : râteau! sélection sexuelle des femelles.

Compétition intersexuelle: râteau!

La nature humaine bousculée

L’angoisse, liée à ce nouvel environnement humain agressif et la frustration, liée à l’accès plus compliqué à la sexualité,  qui constituent  deux moteurs de l’agressivité humaine ont alors significativement augmenté. Un autre inconvénient majeur est que l’ovulation cachée des femmes, qui servait auparavant à une coopération constante, entraîne, à partir de là, une attractivité sexuelle permanente et non temporaire, comme chez la majorité des espèces. Comme la grande majorité des mammifères, nous avons également des tendances à rechercher une diversité de partenaires. Il s’agit de l’instinct, très ancien et ancré, de survie de l’espèce. Jusqu’alors, la sélection sexuelle existait mais pilotée, inconsciemment, par l’instinct. Ce mécanisme discret ne comportait pas d’inconvénients. Au contraire, l’attractivité sexuelle permanente consolidait les relations, permettant ainsi d’élever des rejetons à croissance très lente.

Régression de notre instinct social

Dans Darwinisme et sciences sociales. L’œuvre de Patrick Tort, il est écrit que, pour Darwin, les instincts individuels tendent à régresser lorsque se développe l’intelligence. De plus, les instincts sociaux sont à l’origine non seulement des comportements « sympathiques », mais également et simultanément de l’accroissement des capacités rationnelles grâce aux apports constants assurés par l’exercice coopératif, les modèles offerts à l’imitation, les besoins de la communication interindividuelle, etc. Ainsi, le succès évolutif de l’espèce humaine est dû avant tout à la force de l’instinct social, lequel assure en son sein l ‘accompagnement exceptionnellement long d’une progéniture qui, privée d’équipements naturels de défense et de solides instincts individuels, devra être soigneusement instruite au sein de la famille et de la société. Patrick Tort évoque l’effet réversif de l’évolution tandis que d’autres biologistes  décrivent la sélection multi-niveau, incluant les interactions sociales des groupes comme une sélection favorisant les groupes les plus cohésifs. De plus, depuis les travaux de Lynn Margulis, nous savons que les systèmes compétitifs sont inaptes à gérer des systèmes complexes alors que la coopération le  permet. L’exemple des cellules eucaryotes qui nous constituent en est l’exemple le plus frappant.

La compétition prend le pas sur la coopération

Lors de la situation de découverte du lien de paternité, nous n’avons pas bénéficié de l’éclairage de la théorie darwinienne, et donc de l’intelligence de la situation que nous subissions. Nos instincts sociaux ont été  percutés par un retour puissant de notre instinct individuel lié à la sélection sexuelle et à l’exacerbation, concomitante,  de la compétition sexuelle. Nous avons ainsi régressé, car la compétition à pris le pas sur la coopération . Ces deux types de  compétitions ont, de plus, des critères  mal définis: nul ne sait exactement quels niveaux de comportements et d’arguments sont susceptibles de séduire ou d’impressionner partenaires et adversaires, ce qui pousse à la surenchère. Cette absence de compréhension de la situation nous a fait perdre l’intelligence des limites du fait de cette compétition mal régulée.

État permanent et inconscient de parade nuptiale

Nous sommes donc entré en état inconscient et permanent de séduction/domination, c’est à dire en parade nuptiale. Mais comme nous n’avons pas de repères fixes à atteindre, nous voulons toujours en faire plus, pour assurer et nous rassurer. Ce besoin de réassurance et de reconnaissance conduit à lhypertélie, concept longuement expliqué par Patrick Tort. Nous le reverrons, à la page suivante. Un souci complémentaire est que notre cortex très développé nous a permis de multiplier toutes sortes de stratégies pour arriver à nos fins et d’externaliser les attributs sexuels dans divers objets ou symboles. Pour nombre d’espèces, une forte compétition sexuelle met en danger les individus mâles durant la période de parade nuptiale. Pour les humains, du fait de nos capacités cognitives exceptionnelles  qui nous ont permis de maitriser science et technique et, conséquence imprévue, de dépasser les limites de la terre, il s’agit de l’espèce entière qui se retrouve en risque de disparition prématurée.

La compétition détériore les relations entre humains

Durant des millénaires, nos ancêtres de la lignée homo, du fait de leurs faibles défenses naturelles et de la lenteur de la croissance de leurs descendants, ne pouvaient se permettre, pour assurer leur survie, les dissensions  qu’apportent la compétition sexuelle. Nous verrons comment, à présent, cette situation de compétition  détériore les relations humaines dans un prochain article . Elle exclut, en effet, les concurrents potentiels de notre zone d’empathie. La neuro-imagerie révèle même, qu’au contraire, le système de la récompense s’active dans notre cerveau lorsqu’il arrive malheur à notre concurrent, une tendance, donc, à la psychopathie… Ce mécanisme de l’empathie peut s’avérer dangereux: il nous rend collectivement vulnérables à la manipulation car il suffit d’arriver à nous convaincre que l’autre est notre potentiel concurrent. La compétition désagrège, ainsi, progressivement, notre civilisation en détériorant les liens entre nous et, en modifiant ainsi, une nature humaine initialement, profondément coopérative. Nous observerons comment fonctionne le cerveau dans ces circonstances dans un autre article.

 

Darwin a replacé Homo-sapiens dans la série animale et réinitialisé notre passé d’espèce

 

Rappelons nous, tout d’abord, que Darwin a replacé Homo-sapiens dans la série animale. Nous considérons toujours les autres espèces comme extérieures à la notre et évoquons ainsi les espèces animales, d’un regard surplombant, sans nous y inclure. Nous sommes pourtant un singe anthropoïde.  Darwin a donc décrit les mécanismes de la sélection sexuelle. Souvent, à la suite d’une découverte scientifique, l’histoire est revue pour l’intégrer à nos conceptions du monde. Ici, du fait de notre regard surplombant et de notre gêne vis à vis de la sexualité, et par conséquent, du rejet de cette partie de sa théorie, aucunement. Ce manque d’actualisation fausse notre analyse du comportement humain et produit une organisation de notre société instable parce qu’inadaptée. Pourtant, si nous avons, plus que les autres espèces, les moyens de nous auto-détruire du fait de la puissance de notre intelligence, nous avons, pour les mêmes raisons, les moyens de nous préserver. A la condition, cependant, de comprendre le processus que nous avons, jusqu’ici subi, que nous l’analysions et que nous modifions autant que de besoin nos comportements.

Vous pouvez écouter L’humain est un animal comme les autres.par Guillaume Lecointre, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) en cliquant sur le lien suivant:.

D’après Guillaume Lecointre, la méthode scientifique ne distingue pas l’humain des autres animaux, affirmant que l’humain est un animal comme les autres, partagé dans l’arbre généalogique du vivant, ce qui remet en question les notions de supériorité humaine.

Chercheur en systématique.https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-methode-scientifique/grand-entretien-avec-guillaume-lecointre-8901813

Les 7 émotions  partagées par les mammifères selon Jaak Panksepp

 

Jaak Panksepp, pionnier des neurosciences affectives, a identifié sept systèmes émotionnels de base dans le cerveau des mammifères, qui jouent un rôle essentiel dans le comportement et l’expérience émotionnelle humaine et animale.

  • Recherche (SEEKING) : La motivation à explorer, la curiosité et l’anticipation de récompenses. Ce système est la plateforme générale pour l’expression de nombreux processus émotionnels fondamentaux, aidant à maintenir la motivation et l’engagement.

  • Rage (RAGE) : Associée à la colère et à l’agressivité, activée en réponse à la frustration ou à la menace, elle prépare l’organisme à la défense ou à l’attaque.

  • Peur (FEAR) : Responsable des réactions de combat ou de fuite face au danger, essentielle pour la survie en détectant et réagissant aux menaces.

  • Désir sexuel (lust) : Liée aux comportements reproductifs et aux pulsions sexuelles, elle motive la recherche de partenaires pour la reproduction.

  • Soin (CARE) : Impliquée dans les comportements d’attention, de soins et d’attachement, elle favorise la parentalité et le lien social.

  • Panique/Deuil (PANIC/GRIEF) : En réponse à la perte ou à la séparation sociale, elle sous-tend les sentiments de solitude, de chagrin et de détresse émotionnelle.

  • Jeu (PLAY) : Associé aux comportements ludiques, il facilite le lien social, l’apprentissage et le développement cognitif.

Ces systèmes, identifiés par Panksepp, sont considérés comme universels et fondamentaux pour comprendre la dynamique émotionnelle chez les mammifères, y compris l’humain. Le neuroscientifique Sébastien Bohler, dans ses nombreux ouvrages, a également exploré le fonctionnement des zones sous corticales du cerveau humain et mis en lumière leur importance fondamentale sur nos comportements.

dans la série animale:du singe à homo numéricus

Même s’il l’accepte difficilement, Homo numéricus aussi fait partie de la série animale!

L’impact de notre sexualité sur notre comportement: l’éléphant dans la pièce

Pourquoi une telle gêne  par René Girard?

Comme le précise l’anthropologue René Girard, les humains ne craignent pas le sexe mais les rivalités mimétiques dont la sexualité n’est que l’objet ou l’occasion. Afin d’éviter les tensions et les conflits générés par la sexualité, un grand nombre de prohibitions et de conventions ont été mises en œuvre pour réguler cette violence potentielle. Ceci avec plus ou moins de bonheur étant donné l’incompréhension de l’explication darwinienne du phénomène. Cette gêne, cette honte ou encore cette culpabilité,voire ces prohibitions nous ont empêché d’aborder de front le sujet et d’en comprendre les mécanismes. Ce qui a des conséquences graves pour l’avenir de l’espèce.

La compétition sexuelle bouleverse les désirs!

L’imitation, moteur des désirs!

La rivalité mimétique apparaît avec la compétition sexuelle.

Les conséquences de la rivalité mimétique:nous ne reconnaissons plus nos propres désirs!

Fabrication d’un bouc émissaire: l’étranger, l’immigré, le « pas comme nous » détournent l’attention des déséquilibres délétères,notamment l’accumulation délirant de capital en quelques mains et son corollaire, la montée des inégalités, devenus potentiellement explosifs pour nos sociétés.Les valeurs liées à la seule affirmation de soi sans tenir compte des conséquences pour les autres nous font perdre notre sentiment d’appartenance à une communauté commune.

Je ne partage pas l’ensemble de cette analyse. La violence et son déclencheur, le désir mimétique étaient en effet peu  ou pas présents avant la découverte du lien de paternité. Cette violence devait être uniquement utilisé contre les animaux dangereux (prédateurs ou chassés). Puis la connaissance du lien de paternité  enclenche le désir mimétique  et donc, la conflictualité entre les humains du fait de l’apparition de ce nouveau désir.

Actuellement, les géants de la Tech Californienne  instrumentalisent la pensée Girardienne. A travers les outils numériques, ils intensifient le désir mimétique qui, lui-même augmente la conflictualité, conflictualité qui maintient les internautes en ligne et permet d’augmenter les profits. Ceci, sans aucun soucis des dégâts générés par cette stratégie sur les membres de la société. Il s’agit là du fonctionnement habituel du capitalisme, organisation dénuée, par nature, d’aspects moraux et dont la seule boussole et le seul objectif est le profit.

Pourquoi la sexualité a t-elle un aussi fort impact sur le comportement et la physiologie d’une espèce ?

Parce qu’il s’agit du mécanisme de sa perpétuation.Thierry Lodé dans La guerre des sexes chez les animaux’ donne l’exemple de lara ararauna, perroquet coloré comme un arc en ciel. Il emporte dans son vol une longue queue bariolée. Les couleurs de l’ara ne peuvent pas le dérober aux yeux des prédateurs . Elles constituent donc un handicap pour sa survie. Ce qui semble curieux est que le handicap est distribué également chez les mâles et chez les femelles. Mais, alors que le paon femelle expose sa terne couleur pour couver sur le sol, les femelles ara cachent leurs couleurs éclatantes dans le creux des arbres.

La femelle ara est protégée des prédateurs durant la couvaison. Elle est également aidée par le mâle dans les soins parentaux. Elle a pu, de ce fait, développer la même livrée que le mâle. A l’inverse, la femelle paon est exposée longuement aux prédateurs en couvant et en nourrissant ses rejetons près du sol. Elle doit donc se contenter d’une tenue de camouflage en se servant de couleurs qui la rendent invisible dans cet environnement. En fait, ces perroquets nous rappellent que les femelles jouent aussi un rôle dans l’évolution et dans la compétition sexuelle.

Assurer la viabilité de sa descendance

A travers ces deux exemples, nous constatons l’adaptation des espèces à leur milieu pour assurer la viabilité de leur descendance. Ce mécanisme de survie de l’espèce est, nous l’observons, très impactant sur la physiologie et le comportement des individus. Homo-sapiens, n’en est évidemment, malgré sa croyance en sa supériorité, pas exempté. La réactivation de la sélection sexuelle a transformé les rapports de coopération étroite en rapport de concurrence. La volonté de valorisation de soi et d’infériorisation de l’autre, la recherche d’exclusivité des rapports sexuels pour assurer une descendance ont créé des tensions et désagrégé les liens. A l’ exemple des femmes qui, pour Marylène Patou-Mathis étaient aussi musclées que les hommes au Paléolithique. La compétition sexuelle, engendrée par la connaissance du lien de paternité, a, ensuite,  contribué à l’augmentation du dimorphisme femme/homme. L‘effondrement de la biodiversité du chromosome Y au néolithique, constaté par des paléogénéticiennes, donc la réduction des hommes qui avaient le ‘droit’ de procréer  en est également une conséquence majeure. Une autre conséquence concerne l’augmentation spectaculaire de la démographie, malgré des conditions de vies détériorées et de nouvelles maladies  engendrées par la promiscuité, notamment avec les animaux. L’augmentation du nombre de descendants est, en effet, devenu un signe et un vecteur de puissance, et donc un objectif à atteindre.

 L’agriculture a permis cette expansion démographique en même temps qu’elle permettait une plus grande surveillance des femmes et une meilleure domination des autres hommes. Ce désir de domination a entrainé le besoin  de hiérarchie du fait de la montée des tensions et des conflits au sein et entre les clans. De nouvelles mythologie et l’apparition des dieux et donc des religieux ont permis d’assoir cette domination en la légitimant. Les premiers monuments mégalithiques en témoignent.  Le fait également que l’extension de l’agriculture, par exemple sur le territoire européen, s’est faite à travers des déplacements de population et très peu par métissage est également un témoignage de cette même volonté de domination.

L’agriculture a aussi éloigné les enfants des pères. Depuis 50 ans, le temps que passe les pères a s’occuper des enfants a cependant quadruplé en occident. Lorsqu’ils s’occupent des bébés, les compétences des pères augmentent atteignant même celles des mères lorsqu’ils doivent élever un enfant sans une mère. Des recherches récentes montrent que le niveau d’ocytocine, l’hormone de l’attachement des pères et des grands parents augmentent lorsqu’ils s’occupent des bébés. Le niveau de testostérone des mâles diminuent aussi, y compris chez les garçons élevés par des pères. L’agressivité dans ces sociétés diminue également. Nous retrouvons donc progressivement aujourd’hui, le potentiel des soins alloparentaux  abandonné lors de la montée de la compétition sexuelle. La paternité maternante semble inscrit dans nos gènes.  La masculinité  viriliste n’ est donc pas naturelle mais sociologique . Nous avons donc le potentiel de revenir à une société apaisée et équilibrée entre les femmes et les hommes, au sein de laquelle chacun s’occupe de la chose la plus importante au monde: élever un enfant. Pour le bien de celui-ci et l’équilibre de la société. 

 

Conduite en état de conscience limitée

La sélection sexuelle constitue un mécanisme de survie des espèces sexuées, du fait de la biodiversité qu’elle produit. Cette sélection était jusqu’ici pilotée, avec adresse, par les instincts. Ces instincts avaient bénéficié de l’évolution, donc, de l’expérience de millions d’années pour se perfectionner, aux contacts des aléas de survie des espèces qui nous ont précédées. Depuis la découverte du lien de paternité, du fait du gros cerveau de l’humain, ce pilotage est maintenant à notre main. Ignorants les mécanismes de la sélection et de la compétition sexuelle, nous conduisons comme des adolescents inconscients et prenons collectivement des risques insensés pour la survie de notre espèce.

Réinitialiser notre passé et agir avec  une intelligence des limites retrouvées

 

 

Impératif évolutionnaire: retrouver l’intelligence perdue des limites

 

Le fait d’intégrer le concept darwinien de sélection sexuelle à notre histoire doit nous permettre de prendre conscience de l’intensité de son impact. Cela doit également calmer ces conduites hypertéliques, pour nous-mêmes et pour les autres. C’est à dire le superflu qui sert à la séduction/ domination. Nos représentations évolueront alors, car ces comportements seront jugés néfastes et malvenus, car source de mal-être. Cette hypertélie est, pour les autres animaux limitée par les contraintes de leur environnement. Pour notre espèce, ce mécanisme, plutôt, comme d’habitude, que d’adapter notre espèce à son environnement, produit exactement l’inverse du fait des capacités exceptionnelles de notre cerveau.  Il s’est transformé en danger pour notre survie du fait du bouleversement climatique qu’il provoque. De plus, collectivement: compter sur un marché réputé auto-régulateur pour organiser une société d’êtres hypertéliques, donc dépourvus d’intelligence des limites, est une aberration destructrice. Sans limites collectivement et démocratiquement décidées, les inégalités se creusent inexorablement. Cette progression des inégalités provoque une violente réaction à l’injustice. Cet extrémisme de la richesse en entraine bien d’autres. Nous l’observerons dans un autre article, il est très risqué, du fait de cette absence d’intelligence des limites, de laisser se concentrer le pouvoir politique et économique au sein de quelques mains. La démocratie se retrouve alors en péril. Pour éviter l’auto-destruction, il nous faut donc, rapidement changer de perspective et mettre en place une autre façon d’administrer démocratiquement nos sociétés, en remplaçant la compétition par la coopération.

Daron Acemoglu et Simon Johnson, dans leur livre Pouvoir et Progrès, font le constat que la prospérité partagée a pris forme, car et uniquement quand, le progrès technologique et la manière de partager ses gains ont été  arrachés des mains de l’élite. Pour le sociologue Harry Braverman, l’avènement des machines, provoqué par l’amélioration de la science et des techniques, a contribué au renforcement du contrôle et à la parcellisation du travail pour les salariés. Les possesseurs du capital et leurs représentants détiennent donc un pouvoir de plus en plus important sur les travailleurs avec un objectif unique d’augmentation du profit. La machine contribue à dépouiller le travailleur du contrôle de son propre travail et donc du sens et de l’intérêt de ce travail. Jusqu’ici ce mécanisme à essentiellement impacté les cols bleus mais, il s’étend, avec l’intelligence artificielle, à presque tous  les métiers.Nous verrons dans un prochain article que pour le système capitaliste, le profit est la mesure de toutes choses. Il transforme l’humain en accessoire pour atteindre son seul objectif, augmenter ce profit. Cet humain perd ainsi son statut de sujet et devient l’objet de ce mécanisme.

 Nous avons bénéficié du progrès principalement parce que nos prédécesseurs ont fait en sorte qu’ils marchent pour tout le monde. A leur exemple, ils nous faut nous organiser pour un objectif bien plus important: échapper au désastre climatique.

Nouveau palier de conscience et surmoi social

 

Ce nouveau palier de conscience: les ravages provoqués par la compétition sexuelle, créera un nouveau surmoi social. Les partenaires sexuels adopteront de nouveaux critères de choix; évitant soigneusement les individus dont les comportements hypertéliques sont les plus impactants pour le climat. Le choix des femmes allait « naturellement » vers ces individus, car ils représentaient la meilleure sécurité pour leur descendance. Il s’agissait, comme pour les autres espèces sexuées, du choix instinctuel le plus rationnel pour la survie de notre espèce.  Du fait de nos exceptionnelles capacités cognitives, ces personnes hypertéliques sont, paradoxalement, devenues porteuses de risques mortels pour nos descendants. Ils ne représentent  plus des facteurs de sécurité et de robustesse, mais d’instabilité, du fait du risque d’emballement climatique: 1% des plus riches, émettent une proportion incroyable de gaz à effet de serre, de l’ordre de 25% . Plus grave, ils constituent, un modèle de consommation de référence pour le reste de la population qui imite ce modèle de consommation ostentatoire, en fonction des moyens de sa propre classe sociale. Le manque de taxation de ces grosses fortunes est donc responsable, pour une partie disproportionnée, des émissions délétères de gaz à effets de serre. Rappelons nous que pour faire face à la menace fasciste, la taxation des plus riches aux États-Unis a culminé à 91% des revenus.  

Ces nouveaux critères de choix de partenaires sobres, deviendront ainsi les moteurs d’un profond changement. Il sera bienvenu de nous inspirer de l’abandon express des caractères hypertéliques du grillon champêtre du Pacifique pour sauver l’espèce, en préservant, toutefois, les porteurs de ses caractères. Les temps à venir seront agités et la robustesse sera à rechercher dans des collectifs solidaires et non dans la croyance illusoire  d’humains providentiels.

Revisiter le péché originel avec la théorie darwinienne

 

La découverte du lien de paternité a bouleversé la société sans que les humains ne le comprennent. Ils ont donc attribué ces conséquences néfastes à la femme et à sa sexualité qui attisait les conflits. Les femmes se sont retrouvées stigmatisées et infériorisées. Nous savons maintenant qu’il s’agissait d’un phénomène logique lié à l’évolution qui n’a rien à voir avec une quelconque faute. Pourtant, malgré le recul relatif de la force prescriptive des religions, le halo de péché qui entoure la sexualité féminine demeure : un phénomène négatif continue à agir tant qu’il demeure incompris.

Guérir notre identité souffrante

Depuis la découverte de ce lien de paternité, nous sommes écartelés entre deux contraintes contradictoires. D’une part notre identité d’êtres coopératifs, solidaires et pacifiques développés au cours de centaines de milliers d’années et qui est fortement ancré en chacun de nous. D’autre part, une identité ‘nouvelle’ d’être compétitif, narcissique, en recherche insatiable de prestige, de pouvoir et de puissance pour dominer et inférioriser les autres. Cette identité s’est développée pour faire face à la sélection sexuelle, depuis le « péché originel ». Le fait d’en prendre conscience grâce aux concepts développés par Darwin et ses successeurs, doit nous guérir de cette identité souffrante. Nous ne pourrons  revenir à l’harmonie de la société matrilinéaire précédente mais, individuellement et collectivement, retrouver une identité cohérente pour la survie de notre espèce et pour son bien-être.

 

Défense du moi: du déni à la dénégation.

Cette nouvelle représentation de notre identité est toutefois très éloignée de l’idée que nous nous faisions de nous-même jusqu’alors. Elle nous oblige à nous ré-intéresser aux écrits de Darwin qui nous avait replacé dans la série animale avec son évolution, ses instincts et ses émotions. Nous étions jusqu’à ce jour dans le déni de la sélection sexuelle pour les humains, avec , comme pour les autres espèces, ses mécanismes bénéfiques et ses inconvénients. Il existe cependant des risques inhérents à notre espèce du fait, paradoxalement, de la puissance de notre intelligence. Il sera, de mon point de vue, difficile de rester dans ce déni du fait de la logique du  processus de prise de conscience du lien de paternité ayant conduit à cette situation. Nous risquons, comme pour le climat, de passer d’un mécanisme de défense du moi à un autre, à savoir du déni à la dénégation. Nous reconnaîtrons sans doute que la sélection sexuelle existe aussi pour homo-sapiens mais que cette découverte du lien de paternité n’a pas eu les impacts décrits plus haut. J’espère donc que les chercheurs des spécialités intéressées en feront un objet de recherche. Ils pourront ainsi donner  raison à l’archéologue, Jacques Cauvin, pour qui la révolution néolithique a été une révolution des symboles et des idées. Nous pouvons, par exemple l’observer dans le site de Karahan Tepe Le préhistorien Marcel Otte, le confirme. Pour lui, la pensée métaphysique précède toujours toute forme de modifications économiques ou techniques. Tout ce qu’il observe en archéologie, ne sont que les conséquences en aval, de la modification de la pensée. La découverte des sites mégalithiques de Karahan et de Göbekli Tepe, datant de plus de 10 000 ans avant notre ère, donc avant l’apparition de l’agriculture, renforce ces convictions et fragilise l’hypothèse d’une simple adaptation à l’évolution du climat. 

Problème de hardware ou de software?

Raphaël Gaillard, dans son livre ‘l’Homme augmenté’ rappelle que 1% de la population souffre de schizophrénie et 1 personne sur 5 sera touchée par un épisode dépressif durant sa vie. Les enfants de huit à douze ans épargnés, jusqu’ici, par la maladie psychique sont maintenant, eux aussi, touchés par ces troubles. Raphaël  Gaillard attribue ces défaillances à un ‘choix’ de l’évolution qui a privilégié la complexité de nos cerveaux à sa robustesse. Ces ‘bugs’, seraient  dus à la fragilité de conception de notre cerveau. Donc au hardware plutôt qu’au software.  Pour ma part, sans évacuer cette possibilité, je privilégie le contexte paradoxal dans lequel nous évoluons plutôt qu’ un défaut majeur de construction. J’infère que nous souffrons d’une forme de dissociation depuis environ 12000 ans, si mon hypothèse est valide (il appartiendra aux scientifiques d’en faire démonstration car je n’ai pas les compétences requises). Ce temps court, à l’échelle de l’évolution, ne nous a pas permis une adaptation pertinente. Nous nous sommes retrouvés, sans le vouloir, ni vraiment le savoir, en état de concurrence alors que nous étions auparavant très imbriqués, coopératifs, solidaires et heureux de l’être. Tout ce qui, dans notre civilisation, augmente cet état de dissociation d’autrui et, par conséquent de nous-même, nous fait souffrir et désagrège notre humanité. L’individualisme sans limite, vers lequel nous pousse les instruments du marketing et de la publicité, le capitalisme, basé sur le cynisme et l’amoralité, dont le but unique est le profit,  l’organisation des entreprises et de la société qui altèrent les instruments de défenses  et d’ambiances collectives et qui instaure la concurrence entre salariés, les outils numériques qui fracturent et archipellisent les individus portent une lourde responsabilité en tant que source du malaise dans notre civilisation .

Notre humanité cérébrale repose sur notre cortex préfrontal

Richard Lévy dans « Cortex » affirme que des espèces animales, c’est chez l’homme que le cortex préfrontal est le plus développé. Proportionnellement au reste du cerveau, il représente près d’un tiers de la surface du cortex de notre cerveau. Alors que toutes les espèces vivantes, excepté l’homme, suivent leur devenir, en tant qu’humain, nous cherchons à nous éloigner des contraintes que nous impose l’environnement originel : la nature. 

La pensée humaine faite de raisonnement, de conceptualisation ou de planification, produite par notre cortex préfrontal « froid », n’a pour but que de nourrir un système unique de valorisation « chaud » dirigé vers notre survie et notre bien-être. Nos cortex préfrontaux « chaud » et « froid » communiquent en permanence pour que nous adaptions nos comportements à nos besoins ou aux contraintes de l’environnement.  Richard Levy insiste : nos actions ne s’enracinent pas dans notre capacité cognitive mais dans notre motivation. L’intellect est un outil au service d’un cortex affectif plus primitif, le cortex préfrontal « froid » intellectuel et moderne, car d’apparition plus récente dans l’évolution des espèces, est asservi au cortex préfrontal « chaud », plus ancien et archaïque, régulateur de notre motivation et de nos émotions et véritable commanditaire de nos actions. Notre cortex préfrontal « chaud » décerne une valeur affective aux choses, non de façon automatique, comme si nous avions une grille universelle de lecture, mais plutôt comme une évaluation liée au contexte d’une situation. Il est la source de nos choix volontaires guidés par nos affects tandis que le cortex préfrontal froid est celui qui, par les capacités cognitives de haut niveau qu’il nous confère, met en musique ces choix. La valeur d’une chose ou d’une idée est le carburant de notre motivation.

L’idée d’Homo-économicus, c’est-à-dire de l’homme effectuant des décisions économiques rationnelles est battue en brèche par la réalité : nos décisions sont affectives et peu rationnelles. La valeur d’une chose est directement liée à la représentation affective ou à l’émotion qu’elle produit et non pas à la raison. Cette remarque de Richard Lévy m’amène à penser que, comme les prémisses de la pensée économique favorisant le capitalisme sont fausses, le lien à la réalité de cette théorie est donc altéré et ne peut produire qu’une organisation de la société déséquilibrée. 

Pour Robert Waldinger, notre santé dépend de la qualité de nos liens

 

Une étude longitudinale de 75 ans, réalisé par l’université d’Harvard, avait pour objectif d’observer les parcours de vie de plus de 700 hommes, et actuellement de 2000 enfants de leurs descendances. Les conclusions de l’étude sont que notre bonheur, notre santé psychique, physique  et notre longévité sont liés à la qualité de nos liens aux autres. Le fait de savoir  qu’en cas de coup dur, nous pouvons nous appuyer sur d’autres personnes paraît primordial pour préserver cette longévité. Cette étude à donc tendance à corroborer que les facteurs de préservation de la santé sont  liés à notre environnement humain, donc comportemental et épigénétique, plutôt que des facteurs purement génétiques. Cet élément rappelle également les études de l’université de Zurich sur l’empathie et sur le fait, qu’en neuro-imagerie, on ne distingue pas l’autre qui nous est proche, de nous même. L’autre, donc, qui nous est proche, apparait comme un prolongement physiologique de nous même, à la condition qu’il ne soit toutefois pas considéré comme un concurrent potentiel.

Retrouver les priorités de valeurs de la société matrilinéaire

 Si nous revisitons l’histoire à la lumière du concept darwinien, nous pouvons, comme d’autres espèces avant nous, affirme le biologiste évolutionniste, Thierry Lodé, abandonner rapidement nos hypertélies. C’est lui qui écrivait que la sexualité est une dépense inouïe d’énergie mais qu’elle permet la biodiversité. Cette biodiversité constitue un réservoir de possibilité d’adaptation en cas de besoin, notamment en cas de modification de l’environnement. Elle permet particulièrement, à l’exemple de la recherche fondamentale, d’explorer des possibilités dont on ne perçoit pas immédiatement l’utilité, comme l’affirme Olivier Hamant. Même si elle semble surprenante et énergivore, cette sexualité concerne 95% des espèces, car, à défaut d’être efficiente, elle permet la robustesse et la durabilité des espèces. Justement, du fait du dérèglement climatique provoqué par notre hypertélie, notre environnement va devenir beaucoup moins prévisible, beaucoup plus fluctuant. Il nous faudra donc, à l’exemple du vivant, privilégier la robustesse à la performance. Cette performance est un facteur de fragilité et d’uniformité alors que nous devons maintenir le système stable malgré ces fluctuations.

Une nouvelle attention aux autres

En renonçant à notre compétition sexuelle destructrice, en inversant nos priorités de valeurs aujourd’hui centrées sur la compétition, la compétitivité, la rentabilité, la performance et la domination, nous accéderons à un nouvel universalisme.  Une nouvelle attention aux autres et à la nature surgira alors ainsi quune complémentarité et une coopération naturelles retrouvées, comme le prône l’éco-féminisme. Un concept inventé par Françoise Deaubonne qui précise que cela n’est pas la prise de pouvoir par les femmes mais bien « la gestion égalitaire d’un monde à renaître » car l’homme se situe dans le même rapport à la nature qu’à la femme : la domination et l’exploitation.   Nous le verrons plus loin, notre cerveau tolère très mal les incohérences et cherche alors à modifier nos schémas mentaux. En comprenant les soubassements de nos comportements, nous en saisirons l’incohérence et seront animés du désir, de plus en plus impérieux, de changer. 

Retrouver les valeurs liées à notre féminité pour nous préserver

 

Jusqu’ici, les valeurs estampillées masculines constituaient la norme à atteindre pour être reconnu. Le mouvement féministe  a, paradoxalement, amplifié, le phénomène en recherchant l’égalité des sexes à travers l’atteinte d’un comportement lié à ces valeurs. Les valeurs estampillées féminines, se retrouvant, par ce double vecteur, nettement dévalorisées. Cela constitue, de mon point de vue, une autre façon paradoxale de perpétuer le patriarcat. Or, ces valeurs dites ‘masculines’ induisent des comportements qui nuisent  à la cohésion de la société et à la préservation d’un climat compatible avec la survie de l’espèce. Il s’agit, à travers la mise en œuvre des conceptions de l’éco-féminisme, d‘inverser nos priorités de valeurs. Nous retrouverons ainsi des comportements compatibles avec les limites de notre planète et la nécessité de réaligner l’organisation de notre société avec notre bien-être individuel et collectif. Une masculinité apaisée, débarrassée de ses excès de virilité ostentatoire, nous permettra d’entrer en résonance avec notre nature humaine profondément coopérative.  Nous transformerons ainsi ces comportements en repensant l’organisation de nos sociétés. Préserver l’avenir de nos descendants, que nous continuons gravement à négliger en réchauffant notre planète, doit devenir notre priorité.

Pour aller plus loin:

Le second effet Darwin: arrêter l’autodestruction liée à notre hypertélie.Click. ( Résumé en attendant l’autorisation des auteurs cités). Les conséquences de la découverte du lien de paternité au sein de notre civilisation et le danger que représente le fait de ne pas comprendre ce processus.

Le péché originel éclairé par Darwin. Click. Une fiction préhistorique qui vous permettra une immersion au cœur de ce bouleversement et proposera une des versions possibles du renversement opéré.

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concept d'hypertélie

la perte de l’intelligence des limites conséquence de la sélection sexuelle.